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Le son de The Mandalorian: À la hauteur de l’univers Star Wars

Le son de The Mandalorian: À la hauteur de l’univers Star Wars

Le choc des sabres laser. Le rugissement d’un chasseur TIE. La respiration de Dark Vador. Dès la sortie du premier film, Un nouvel espoir, dans les salles de cinéma en 1977, les sons ont joué un rôle crucial dans l’univers de Star Wars. Dans cette interview, Shawn Holden, ingénieure du son et Matthew Wood, monteur son, nous font découvrir comment l’équipe son de The Mandalorian a donné vie à la vision unique de Jon Favreau, producteur exécutif de la série, et fait honneur à cette saga si populaire. Ils nous révèlent également comment ils ont donné vie à l’Enfant, l’adorable partenaire du Mandalorien.

Tout d’abord, pouvez-vous décrire votre rôle, pour ceux qui ne connaissent pas l’univers du son?

Shawn Holden: En tant qu’ingénieure du son, je suis la personne responsable de l’enregistrement des dialogues et des divers effets sonores sur le plateau. Mon objectif principal est de préserver les performances des acteurs et d’obtenir les enregistrements de dialogues les plus nets possibles. Je me charge également de l’enregistrement des divers effets sonores et des sons qui doivent être captés durant le tournage, que ce soit le bruit des bottes des Stormtroopers ou tout autre son qui peut aider l’équipe de postproduction à utiliser les effets sonores que nous lui fournissons. Ça leur donne une idée du son d’origine sur le plateau. Mais pour simplifier, mon objectif principal est d’obtenir les dialogues les plus nets possible, d’enregistrer et de préserver ces performances.

Matthew Wood: En tant que monteur son j’interviens durant la phase de postproduction. Mais je commence à travailler sur le projet dès le début, en lisant les scripts et en imaginant des solutions pour la création d’effets spéciaux adaptés à l’univers futuriste et Science Fiction de Star Wars. Je prends toutes les brillantes créations et les enregistrements de Shawn Holden, et je les utilise en postproduction. Ses pistes sont un élément essentiel dans notre travail, qui consiste à faire en sorte d’interpréter au mieux le jeu de l’acteur avec le son le plus net. Nous devons traiter nos personnages de plusieurs façons. Les éléments sur lesquels nous travaillons en postproduction sont nombreux: les acteurs portent des masques, certains sont des aliens ou parlent différents dialectes. Ensuite, nous ajoutons tous les effets sonores. Nous collaborons avec un concepteur sonore, et créons l’environnement sonore de la série en utilisant les éléments que Shawn nous a fournis. Ce sont ces éléments sonores qui nous permettent d’élaborer l’environnement sonore. Je collabore aussi avec le créateur et showrunner de la série, ainsi qu’avec les réalisateurs pour m’assurer que la bande son met en avant tous les moments importants du script, et fait naître les émotions que l’on cherche à produire pour faire avancer l’histoire. L’étape suivante est celle où la bande son prend forme, durant laquelle nous mixons tous ces éléments pour aboutir au son que vous entendrez sur votre système audio à la maison.

En termes de son, quelles sont les similitudes et les différences entre The Mandalorian et les autres films et séries de l’univers Star Wars?

Matthew Wood: L’équipe du son est l’un des maillons d’une chaîne dont l’objectif est de faire avancer l’histoire dans le sens indiqué par le réalisateur. Le son rend cela possible, de façon inconsciente tout en éveillant les émotions. C’est toujours ce que l’on cherche à faire. La seule différence, c’est qu’en tant que production Star Wars, nous cherchons à créer un son qui soit familier. Que l’on regarde un film de la trilogie Star Wars d’origine, l’un des dessins animés ou un épisode de The Mandalorian, ou que l’on joue à un jeu vidéo issu de l’univers Star Wars, on retrouvera toujours cette qualité et cette cohérence.

L’univers Star Wars compte tellement de fans, comment vous êtes-vous préparés pour y travailler ?

Shawn Holden: Tout le monde s’attend à une production de qualité. Nous parlons de Star Wars, c’est une véritable légende. C’est un univers qui possède une histoire incroyablement riche. En ce qui me concerne, une grande partie de mon travail de préparation est passée par l’étude des costumes, pour voir quels éléments allaient être robotisés et déterminer comment gérer les casques et les masques. Comment anticiper les aléas du tournage ? De cette façon, le jour où on commence le tournage, nous sommes prêts à faire face à toutes les éventualités et nous pouvons obtenir le niveau de clarté qu’il nous faut en matière de dialogue. C’est certain, on avait la pression, parce qu’on avait tous conscience du niveau de qualité à atteindre. C’était mon souci principal. Durant la phase de préparation, nous avons fait tout ce qu’il était possible de faire. Je me suis rendue chez Legacy Effects, le studio spécialisé dans les effets spéciaux, notamment la conception de créatures et de costumes, pour déterminer comment placer des dispositifs dans les costumes des acteurs, comment dissimuler ou intégrer les micros. Nous avons également conçu un système de communication complexe entre les acteurs, placé dans les masques, les casques et dans les éléments robotisés au niveau des oreilles (nous les appelons des «pince-oreilles»), pour qu’ils puissent s’entendre les uns les autres. Nous avons un micro que l’on appelle «la voix de Dieu», qui permet au réalisateur de donner des instructions aux personnes qui portent les masques et les casques, et vérifier qu’ils entendent dans leurs pince-oreilles. Nous avons également installé des enceintes permettant au réalisateur ou à l’assistant réalisateur de communiquer des instructions à l’équipe et aux acteurs. Nous avons passé énormément de temps à préparer le terrain. Pour la première saison, nous n’avions pas réalisé au départ tous les préparatifs qu’une série de cette envergure impliquait, mais on a réussi à s’organiser.

Matthew Wood, comment résumeriez-vous les différences entre The Mandalorian et les autres projets Star Wars auxquels vous avez participé?

Matthew Wood: La bande-son des films originaux était tellement instrumentale, je n’aurais jamais pensé travailler pour la société qui les produisait. Aujourd’hui encore, j’ai l’impression de vivre un rêve. J’aime toujours autant Star Wars. Et pour chaque projet, je me sens galvanisé par l’arrivée de nouveaux réalisateurs et de nouvelles voix, comme par exemple Jon Favreau, qui a tellement apporté à la série. Je suis tellement content de collaborer sur Star Wars avec de nouveaux éditeurs et de nouvelles équipes de postproduction qui travaillent sur ce genre de projets pour la première fois: leur enthousiasme est palpable. Pour moi, Star Wars, c’est quelque chose d’unique, c’est extraordinaire d’être entouré de personnes qui veulent offrir le meilleur d’eux-même et créer quelque chose qui entrera dans la légende. J’essaie toujours d’intégrer de nouveaux membres dans mon équipe pour voir leur réaction, profiter de leur enthousiasme et mettre cette énergie au service de la série. C’est toujours un moment nouveau et excitant. Mais nous avons aussi fait notre possible pour garder l’esthétique que j’ai héritée de George Lucas lorsque j’ai débuté. Et nous travaillons toujours au Skywalker Ranch, et dans les mêmes studios qui ont vu naître les films originaux, ce qui est vraiment motivant.

Quelles difficultés avez-vous rencontré durant le tournage?

Shawn Holden: Dans l’un des environnements de tournage (que l’on appelle le «Volume»), les acteurs jouent devant des écrans LED géants semi-circulaires sur lesquels sont projetés des paysages virtuels. La première fois que je suis entrée dans cet espace, j’ai eu le souffle coupé. C’était intimidant. La structure même de l’espace crée de gros problèmes de réverbération. Mais nous avons trouvé une solution. Nous avons contacté un ingénieur acoustique qui a développé un produit nommé ZR Acoustics. Ce sont des écrans conçus spécialement pour ne pas absorber ou renvoyer le son. Au lieu de ça, ces écrans contrôlent les ondes sonores qui circulent dans l’air en créant un habillage acoustique, ce qui rend inaudible les surfaces dures. Et de ce fait, ils éliminent les réflexions acoustiques que l’on avait dans le Volume. Lorsque nous avons placé les écrans dans la bonne position, ils ont fonctionné parfaitement… Ça nous a sauvé! C’était vraiment remarquable. Et au bout du compte, c’est l’une des choses dont je suis la plus fière: malgré toutes les difficultés qu’on a rencontrées dans cet espace, nous avons obtenu des enregistrements d’une clarté limpide.

Comment avez-vous déterminé votre mode d’approche pour cette série en particulier?

Matthew Wood: J’ai travaillé pendant plus de dix ans avec Dave Filoni sur des projets animés liés à l’univers Star Wars. J’aime son esthétique sonore, et je voulais que les membres de l’équipe soient des personnes qui aient déjà collaboré avec lui dans le passé. Je voulais m’assurer que notre équipe était experte dans le domaine Star Wars. Nos mixeurs de talent, Bonnie Wild et Stephen Urata, travaillent tous deux depuis longtemps pour Skywalker. Je les voulais tous les deux dans mon équipe, ainsi que David Acord, notre responsable de la conception sonore. J’avais travaillé une ou deux fois avec Jon Favreau en tant qu’acteur, mais jamais en tant que réalisateur. Il a vraiment adopté l’esprit Star Wars. J’ai tout de suite vu qu’il adorait utiliser le son Skywalker pour intégrer ses créations dans l’univers Star Wars. Il apprécie vraiment le son, amène d’excellentes idées, et il a abordé le projet sous l’angle du réalisme. Pour certains aspects, il voulait une atmosphère quasi-documentaire. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous utilisons énormément les éléments sonores produits durant le tournage. On veut créer. On découvre des mondes nouveaux. On envisage de nouveaux vaisseaux spatiaux, de nouvelles créatures, des dialectes extraterrestres… Star Wars est donc l’un des composants clés du paysage sonore. Je voulais composer une équipe la plus restreinte possible, qui connaissait déjà l’univers Star Wars et pourrait fournir à Jon Favreau et à Dave Filoni ce qu’ils recherchaient, dans les délais impartis par la production. Heureusement, Jon Favreau et Dave Filoni s’y connaissent en matière de son, nous avons donc eu beaucoup de discussions approfondies pour déterminer ce qui était demandé et ce qu’ils recherchaient en tant qu’artistes. Certains réalisateurs conçoivent le son comme un simple élément technique et ne s’en préoccupent pas plus que ça. Dans ces cas-là, on travaille un peu dans notre coin. Mais Jon Favreau et Dave Filoni sont très engagés, et participent à beaucoup de sessions de lecture et de repérage, c’est toujours un plaisir pour toute l’équipe.

Matthew Wood et Shawn Holden

Star Wars est célèbre pour ses sons emblématiques. Comment créez-vous et captez-vous ces sons, et selon vous, qu’apportent-ils à la série?

Matthew Wood: Je travaille chez Skywalker Sound depuis environ 30 ans, et nous avons la chance d’avoir pu réserver le catalogue sonore de Star Wars à des projets Star Wars. Quand vous entendez un chasseur TIE ou un fusil blaster de stormtrooper, ces sons emblématiques sont représentatifs de notre série. Vous ne les trouverez nulle part ailleurs, et peu de personnes y ont accès… De cette façon, ils restent vraiment uniques. Certains sons ont été créés par mon mentor, Ben Burtt, il y a plus de 40 ans. Au départ, George Lucas se considérait comme un membre de l’équipe son. Il a donc consacré énormément de temps et d’énergie au son durant la postproduction. Parfois, on disposait d’un an ou plus pour créer un catalogue de sons. J’ai supervisé le préquelStar Wars avec Ben Burtt, et on nous a donné plusieurs mois pour compiler un catalogue de sons variés (animaux, créatures, machines, véhicules, ambiances) qui nous permettrait de créer un environnement sonore semblable à celui que Ben avait imaginé dans les années 70 et 80. C’est un processus qui, je crois, est propre à Skywalker, et nous l’avons également appliqué à The Mandalorian. David Acord, notre concepteur sonore, a enregistré une multitude de nouveaux matériaux pour la nouvelle série.

Vous qui avez dédié tant de temps et d’efforts à la série, quels conseils donneriez-vous à un fan qui souhaite avoir la meilleure expérience sonore possible lorsqu’il regarde The Mandalorian?

Matthew Wood: Je pense qu’un système à canaux multiples disposant d’une sortie distincte (pour pouvoir placer les dialogues dans le canal central) offre la meilleure expérience possible. Le reste s’organise de façon naturelle de telle façon que le dialogue soit au centre, et la musique et les effets spéciaux sur les canaux gauche et droit (ou les enceintes surround, si vous en avez). Pour moi, c’est le plus important. Si vous avez la possibilité de vous offrir ce type de système audio, n’hésitez pas.

Quel aspect de votre travail vous rend la plus fière?

Shawn Holden: Je suis vraiment fière d’avoir pu obtenir une piste dialogue nette dans le Volume. Ça n’a pas été facile. Mais on y est arrivé, et j’en suis très fière. Notre plateau pour scènes en extérieur présente également des difficultés ambiantes et acoustiques. Mon objectif principal, c’est de capter les dialogues et de préserver les performances des acteurs, et c’est l’aspect que je préfère dans mon travail. Si je fais bien mon travail, les acteurs n’ont pas besoin de rejouer une scène à cause d’un problème de son. Ils n’ont pas besoin de rejouer leurs émotions ni de se remettre dans l’état d’esprit nécessaire pour la scène.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le visionnage de The Mandalorian avec un son Atmos? Comment décririez-vous cette expérience?

Matthew Wood: Je travaille sur Atmos depuis le début, sous différentes formes. C’est parfois quelque chose qui est décidé après coup. Mais avec The Mandalorian, nous savions dès le début qu’on allait le faire. Nous avons donc vraiment profité de la hauteur et de l’étendue offerts par le système. Nous avons travaillé dans cet environnement de façon instinctive. Pendant que Jon Favreau travaillait sur Le Roi lion à Playa Vista, nous lui avons installé un système Atmos qui reproduisait notre salle de mixage chez Skywalker Sound. Nous avons donc pu mixer The Mandalorian à Skywalker, tout en lui présentant le résultat en temps réel à Playa. C’était sympa. C’était génial. Le fait de pouvoir écouter le résultat avec ce niveau de fidélité… Tout le monde a vraiment apprécié la démarche.

Avez-vous des anecdotes amusantes sur le processus de conception sonore?

Matthew Wood: Je dispose d’un groupe d’acteurs que j’utilise pour ce que l’appelle le «Loop Group», qui regroupe tous les personnages d’arrière-plan: les extraterrestres, les jawas, les stormtroopers. Ces acteurs sont de grands fans de Star Wars, alors on essaie de créer les caméos les plus décalés possible.

C’est super! Une autre?

Matthew Wood: Notre concepteur sonore, David Acord, a passé beaucoup de temps à enregistrer de nouveaux sons de véhicules et de machines pour créer les environnements sonores que vous entendrez. Il a aussi utilisé des sons produits par ses propres animaux, et même sa voix est utilisée dans certaines versions de l’Enfant. Dans les dialogues de l’Enfant, nous avons utilisé des sons produits par un kinkajou. C’est un animal vraiment bizarre. Le cri de ce mammifère est une trille extraordinaire, que David Acord a pu enregistrer. Nous voulions que ce personnage produise des sons qui ne ressemblent pas à ceux d’un bébé. Évidemment, il a dans les 50 ans, mais nous voulions lui donner une personnalité dont l’essence ne passe pas par la parole. David Acord y est parvenu en utilisant des samples. Nous nous sommes servi de samples provenant du bébé d’un membre de l’équipe édition photo, et de sons animaliers que David Acord avait collectés. David Acord est aussi un acteur, il a donc utilisé sa voix pour créer certains aspects. Tous ces composants ont été regroupés pour créer la voix de l’Enfant.

Matt, vous avez débuté votre carrière à Lucasfilm il y a environ 30 ans. Qu’est-ce qui vous surprend le plus dans l’univers Star Wars d’aujourd’hui?

Matthew Wood: Trente ans déjà… Je suis tellement heureux que George Lucas ait accepté d’embaucher l’ado que j’étais! J’avais des idées folles sur le son, sur les moyens d’intégrer les ordinateurs et le montage sonore non linéaire, ce genre de trucs. Et il m’a vraiment soutenu, moi et mes projets délirants. Il ne m’a jamais dit: «tu ne peux faire qu’une seule chose. C’est ça, ton boulot. C’est ça, qui tu es.» Il était toujours ouvert à de nouvelles idées, de nouvelles expériences, et les films préquels ont vraiment été des expériences sympa durant lesquelles on a utilisé de nombreuses technologies nouvelles. Et les fans sont toujours aussi passionnés. J’adore le fait qu’il existe plusieurs générations de fans. Je ne sais même plus combien on compte de générations maintenant… Quatre? Les gens qui ont vu Star Wars le font découvrir à leurs enfants et à leurs petits-enfants, tout le monde a son moment préféré. J’ai travaillé sur de nombreux genres différents de l’univers Star Wars, j’ai pu ainsi découvrir les différents fans. J’ai également joué dans certains films, ce qui m’a permis de rencontrer directement des fans, de ressentir leur énergie, la façon dont cet univers les touche. Je trouve extraordinaire que les gens parlent encore et toujours de Star Wars, et que chacun ait son avis. Et, comme je l’ai dit, le fait que de nouveaux visages arrivent chaque jour me donne de l’énergie pour continuer. Je fais mon possible pour embaucher autant de nouveaux venus que possible, pour qu’ils puissent découvrir cet univers, qu’ils aient la chance d’y travailler. On m’a donné ma chance à Lucasfilm, et je veux faire de même pour la nouvelle génération.

Explorez la galaxie avec The Mandalorian, avec un son qui remplit toute la pièce grâce à la Sonos Arc ou Beam. Si vous isolez le dialogue dans le canal central, vous disposerez d’assez d’espace pour vraiment apprécier le riche paysage sonore créé par Shawn Holden, Matthew Wood et le reste de l’équipe sonore de la série. La nouvelle saison de The Mandalorian est disponible dès maintenant sur Disney+.

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