C’est la diva au chant chaud, la plus grande star de la musique malienne : il suffit qu’elle rentre dans une pièce pour que les conversations s’arrêtent. De passage à Paris, Oumou Sangaré a fait rayonner tout son charisme à la MAISON SONOS dans un live acoustique qui a scotché tous les présents. Une bonne occasion d’échanger autour de son dernier album « Mogoya » (No Format Records), son premier depuis 8 ans, et de l’ébouriffant clip « Yere Faga », qu’elle venait de tourner à Johannesburg, présentés en avant-première en présence du réalisateur.

 

Oumou Sangaré avec Sonos Play:1

 

Que signifie le titre de l’album, « Mogoya » ?

En français, ça veut dire « l’humanité d’aujourd’hui ». L’album parle de cela : du comportement des gens. Dans notre culture, les paroles ont encore plus d’importance que le simple fait de chanter ou de danser. Moi, quand je vois quelque chose qui ne va pas dans la société, je me donne pour mission de le dénoncer. Et en ce moment, le caractère des Maliens est en train de changer, on oublie nos valeurs. Par exemple, avant, on n’avait pas besoin de contrat. Quand un Malien s’engageait oralement, tu pouvais être tranquille : ça allait être fait. Aujourd’hui… On ne respecte plus la parole donnée, les gens te trahissent trop facilement, même quand tu fais le bien.

 

Sur le morceau « Mali Niale », vous vous adressez particulièrement aux jeunes, d’ailleurs…

Oui, dans ce morceau, j’interpelle la jeunesse malienne. Celle qui a hâte de partir du pays, alors que chez nous, il y a tout ! On est posés sur des milliers de kilos d’or. Alors, arrêtez de mourir en mer pour venir en Europe, revenez et creusons tous ensemble ! Je leur dis des mots simples : « le courage que tu as pour aller en Europe, utilises le directement au Mali et tu vas réussir. » En bref : éveillons nos consciences, ayons confiance en nous. C’est l’idée que j’ai voulu faire passer dans le clip de « Yere Faga » qu’on est allés tourner en Afrique du Sud avec le génial réalisateur Chris Saunders : on y voit une jeune africaine qui prend son destin en main, c’est un message universel.

 

Justement, pour « Mogoya », vous avez fait appel à beaucoup de jeunes producteurs. Vous assumez votre rôle de marraine ?

Je veux pousser les jeunes producteurs dynamiques qui ont beaucoup d’ambition. Parce que je voulais un son très moderne, et aussi parce que notre génération n’a pas eu cette chance : personne ne nous a aidé, à part peut-être Dieu et le talent. J’ai toujours essayé de collaborer avec des jeunes, comme quand j’ai fait un morceau avec le 113, ou plus récemment avec Inna Modja. De toute façon, le Mali est un pays de culture et il y a toujours des jeunes qui viennent enrichir notre musique. En ce moment, c’est Fatoumata Diawara, Sidiki Diabaté, mais il y en a plein d’autres qui arrivent. Si ça se trouve, au moment où nous parlons, une maman est en train d’accoucher d’un futur talent.

 

Sur l’album, on retrouve également quelqu’un d’un peu moins jeune : Tony Allen, l’ancien batteur de Fela Kuti…

(Elle rit) On avait besoin de son expérience ! C’est un monument de la musique africaine, un maestro, et il a apporté sa pierre à l’album. En plus, cela fait longtemps qu’il m’aime beaucoup, il m’appelle même sa « Sistaaa ». Tu vois, malgré son âge, il est prêt à tout partager avec la jeunesse. Il a 76 ans, mais il est plus jeune que nous dans sa tête !

 

Quel est le moment le plus propice pour écouter de la musique ?

Comme je travaille énormément, dans la journée je n’ai pas beaucoup de temps pour écouter de la musique, même dans la voiture. Et heureusement, c’est quand je retrouve mon lit que je peux écouter de la musique. De la soul à la musique malienne, du rock au reggae, j’écoute vraiment tout ce que je peux, et ça m’aide à dormir…

 

La musique sans fil, vous en pensez quoi ?

(Elle écoute la musique sur un Play:1 et n’en revient pas) : Attends, mais c’est sans fil, vraiment ?  On peut l’écouter dans toutes les pièces ? Houlala, mais c’est magnifique, le design, la technologie… Mais il me faut ça absolument chez moi ! La technologie, c’est vraiment magique.

Retrouvez la playlist créée par l’artiste à l’occasion de cette soirée :

 

 

Propos recueillis par ©Damien Cenis
Photos par ©Astrid Karoual