Entretien avec H-Burns

Voilà dix ans que Renaud Brustlein porte son projet musical H-Burns sur les routes, sans jamais arrêter de le réinventer. Avec « Kid We Own The Summer », le sixième album sorti chez Vietnam ce vendredi, il a choisi la Maison Sonos pour fêter sa sortie en famille. Un opus feutré, intime, personnel, à l’image du set acoustique proposé ce soir-là, entouré des siens, une bouteille de bière à la main. Sans ambages, un voyage fantasmagorique entre la France et les Etats-Unis.

H-Burns discute "Kid We Own The Summer", le sixième album sorti chez Vietnam.
H-Burns discute « Kid We Own The Summer », le sixième album sorti chez Vietnam.

Depuis l’album « Off the Map », imaginé comme un album live, tu scénarises tes projets. Cet opus « Kid We Own The Summer » est finalement une sorte d’opus de chambre. Pourquoi ce changement ?

C’est le prolongement logique du disque précédent « Night Moves ». Cette fois, j’avais en tête de faire un opus feutré. Arrangé, certes, mais que l’on puisse écouter comme dans un cocon, une bulle. Pour ce faire, je me suis enfermé chez moi, dans mon home studio, pour écrire les morceaux et les maquetter. C’était l’impulsion de départ. Pour le mastering final, je voulais que ce soit puissant mais respectueux des dynamiques ; chaud mais pas superficiel. En clair : je voulais murmurer à l’oreille des personnes mais avec de la puissance. Tous les titres de l’album sont liés entre eux. C’est quelque chose que l’on a pu me reprocher, mais c’était vraiment aussi le postulat de départ.

L’enregistrement s’est lui aussi fait à huit clos…

Il était important de s’enfermer dans un studio en bois avec tous les membres du groupe, un peu en autarcie, pendant un mois. C’était une première pour nous. En arrivant au studio, j’avais une idée très précise de ce que je voulais faire. J’ai envoyé les douze morceaux quatre jours avant aux musiciens, pour que ce soit hyper frais dans leur tête. Finalement nous en avons retenu dix. Et J’en suis très fier.

Ensemble vous avez fait, j’imagine, beaucoup de musiques. Mais en avez-vous autant écouté ?

En studio, pas tant que ça, car nous étions à fond dans le projet. Mais j’en écoute énormément avant, pendant la phase d’écriture. J’aime me poser sur mon canapé et balancer le son sur mon enceinte Sonos. Je suis entouré de « geeks » qui me font partager énormément de sons. Ils défrichent pour moi toutes les nouveautés. Je fais ensuite le tri dans cette préselection digitale. En ce moment, j’écoute en boucle, par exemple, le dernier album de Kevin Morby « Singing Saw », et les titres de sa guitariste, via le projet Hand Habits. C’est à découvrir dans la playlist que je me suis amusé à faire pour cette soirée à La Maison Sonos, pour accompagner la sortie du nouvel album. J’écoute aussi toujours beaucoup Bob Dylan ou Léonard Cohen, qui m’ont fait plonger dans la musique tout petit.

Et le vinyle ?

J’aime ce son qui craque. Et le rapport que l’on a aux disques. Je vis très bien avec ces deux modes d’écoute. Je me sens hyper à l’aise avec le format digitalisé, où l’on peut créer soit-même ses propres playlists et les diffuser dans toutes les pièces de la maison grâce au Wifi, comme dans La Maison Sonos. Mais j’adore aussi l’idée de prendre le temps d’écouter un support physique. C’est simple : tant que la musique combat la médiocrité d’un mp3 écouté sur ordinateur, c’est bon. Je suis un artiste. A partir du moment où tu passes un an à écrire un disque, un an à le produire, où tu traverses l’Atlantique pour rencontrer le producteur Rob Schnapf à Los Angeles, qui a collaboré avec Elliott Smith et qui m’a aidé à être plus intelligible musicalement, ce travail se doit d’être écouté dans les meilleures conditions. Ce que je fais avec ma Play:1, installé dans ma pièce musicale…

Une pièce spéciale pour se poser et voyager musicalement…

C’est exactement ça. Il y a tous mes claviers, mes guitares, ma platine vinyle, les bouquins que j’aime bien aussi. Il y a aussi un gros canapé où l’on peut s’enfoncer et mettre le son à fond. C’est une sorte de bureau, à l’image de celui de La Maison Sonos. Je m’y sens bien. C’est mon cocon.

Quel est l’élément déclencheur qui te fait écouter de la musique ?

Il n’y a pas vraiment de moment particulier pour déguster un bon disque. Cela fait partie intégrante de ma journée. Au réveil, je mets souvent un vinyle ou je lance une playlist. C’est aussi le moment que je choisis pour écrire et créer, mais toujours dans le calme plat. J’écoute vraiment plus de la musique en soirée. Mais ce que j’aime le plus ces temps-ci, c’est écouter de la musique quand je suis en déplacement, car tu vois les choses différemment.

Est-ce le cas en tournée ?

Oui. Et je le fais depuis peu dans les loges sur une enceinte portable, avec le groupe. Je ne le faisais pas du tout avant de signer les premières parties de Miossec. Il adorait ça, et je lui ai piqué l’idée. Cela permet de ne pas tourner en rond avant de monter sur scène.

H-Burns se produit à un public intime.
H-Burns se produit à un public intime.

Propos recueillis par Julien Bouisset