Emily Loizeau m’accueille avec un grand sourire. Elle hésite encore sur la tenue qu’elle portera ce soir pour son set acoustique à la Maison Sonos. Au moment de l’interview, elle a superposé une robe à paillettes noires sur un denim bleu. Nous nous installons dans le bureau au premier étage pour parler de son travail musical à l’écran. A mille lieux de son univers habituel.

 

Parfois, Emily réfléchit à passer derrière la caméra mais admet que "ça représente une grande responsabilité".

 

Lorsqu’on jette un œil à la discographie cinématographique d’Emily Loizeau, la diversité est de mise. La chanteuse a travaillé sur un court métrage de fiction, une comédie, des documentaires… « Je suis très heureuse de ça, je n’ai pas envie de me cantonner à quoi que ce soit », commente Emily Loizeau. Elle fait sa première incursion dans le monde du cinéma en 2008 avec « King Guillaume ». Le réalisateur lui demande d’explorer des genres qui lui sont totalement inconnus : « de la musique médiévale, le rock des Beatles et de Bowie ». La musicienne appréhende cette expérience « comme un exercice de style ». « Au final, je me suis éclatée », conclue-t-elle.

Depuis quelques années, Emily Loizeau semble avoir affiné ses choix pour se diriger vers des films plus engagés, « nécessaires ». Plus proches peut-être des convictions de son grand-père marin, engagé volontaire pour « défendre son pays de la barbarie nazie ». L’année dernière, elle a composé la musique du film coup de poing « Calais, les enfants de la jungle ». Un sujet qui mobilise toute son attention. La chanteuse a d’ailleurs pris soin de confier l’apéritif qui initie notre soirée aux Cuistots migrateurs, une start-up qui emploie des cuisiniers réfugiés.
Elle vient de collaborer avec Antoine Leiris sur « le documentaire qui parle des attentats au Bataclan ». Un travail qui s’est fait d’après le scénario, avec peu ou pas d’images. Sa source d’inspiration, elle l’a puisée « dans les émotions qu’elle a ressenties après ces événements ».

« ce qui m’excite, c’est de m’imprégner de la sensibilité et de l’imaginaire de quelqu’un d’autre. Je viens servir un instant émotionnel »

Parfois, Emily réfléchit à passer derrière la caméra mais admet que « ça représente une grande responsabilité ». La tâche est ardue, le risque étant de plaquer sur le projet une lecture personnelle qui n’est pas celle du réalisateur. C’est justement ce qui passionne Emily Loizeau : « ce qui m’excite, c’est de m’imprégner de la sensibilité et de l’imaginaire de quelqu’un d’autre. Je viens servir un instant émotionnel ». Avec la difficulté que cela comporte de suivre « l’image et la contrainte du minutage ». Elle se dit parfois un peu déçue de savoir que le résultat va être vu sur une vieille télévision avec un mauvais système son. « Avec la PLAYBASE, Sonos met en valeur l’écoute de la musique chez soi et je trouve ça très chouette ! Ça permet d’avoir une belle qualité d’écoute, de vivre une vraie expérience ».

Le projet dont elle est particulièrement fière ? Sa collaboration avec Luc Jacquet, mondialement connu pour « La marche de l’empereur », et la société de production Bonne Pioche. Emily Loizeau a eu carte blanche pour créer la chanson originale du film documentaire « Il était une forêt ». Un sujet qui lui tenait particulièrement à cœur. La chanteuse a imaginé un conte musical : « l’histoire d’un oiseau tombant éperdument amoureux d’une jeune fille ». Elle cite comme modèle les compositions sublimes de Michael Galasso pour le film « In the mood for love » et la BO de « Fantastic Mr. Fox ».

 

Depuis quelques années, Emily Loizeau semble avoir affiné ses choix pour se diriger vers des films plus engagés, "nécessaires".

 

Une platine trône au milieu du bureau, posée sur un buffet en bois. Au sol, Emily a disposé des vinyles qu’elle a sélectionnés pour l’occasion. Elle s’agenouille pour me les présenter. Nous évoluons entre une symphonie de Bach, le slam de Gil Scott-Heron, la comédie musicale Hair et les protests songs de Bob Dylan. « Des classiques », s’amuse l’artiste. Au milieu de cette exposition improvisée, un vinyle est particulièrement mis en avant, « Façade ». « Ce disque, c’est celui de ma grand-mère qui était une grande comédienne de théâtre et qui a même fait des films avec Hitchcock ! Une femme formidable », insiste la chanteuse avec tendresse. De sa mère artiste-peintre, Emily a hérité l’amour de Paul Klee et Kandinsky mais surtout de l’art, « sous toutes ses formes ».

Emily Loizeau n’a ramené que des 33 tours. Un choix qui n’est pas anodin. « Le vinyle, c’est un outil artistique qui fait partie de mon ADN. Quand on le met sur une platine, ça craque, c’est beau ». Elle est d’ailleurs ravie que SONOS permette de streamer d’une platine aux enceintes sans fil. « Je trouve ça génial que quelqu’un s’engage pour conserver le beau son ». Emily Loizeau se fait d’ailleurs un devoir de le transmettre à ses enfants. « J’adore partager des moments de musique avec eux », confie-t-elle. La famille a d’ailleurs son petit rituel : écouter un album de The Do à fond dans le salon. « On devient hystériques ! », s’amuse la chanteuse.

Alors que nous discutons, l’enceinte PLAY:5 installée dans la pièce diffuse doucement « Les choses de la vie » de Romy Schneider, un morceau qu’Emily Loizeau a sélectionné pour la Maison Sonos. Elle l’a imaginée comme un refuge après un long voyage, la fin heureuse du film « Into the Wild » : « le gars rentrerait et se retrouverait ici pour souffler », imagine-t-elle, amusée. Notre entretien s’achève sur cette idée réconfortante.

Quelques instants plus tard, Emily Loizeau s’installe au piano pieds nus et se lance dans l’interprétation d’une de ses ritournelles enchanteresses devant ses invités, conquis.

 

Propos recueillis par Kim Biegatch
Copyright Photos : Boby Allin